Tennis : La chronique du mois

Le tennis est un sport merveilleux, mais pas toujours « kiffant » à couvrir, comme dirait Yannick Noah: le rythme incessant des tournois, l’entre soi d’un milieu où les stars sont rares etle verbe ultra-contrôlé (surtout du côté d’une WTA très protectrice de ses joueuses), verrouillent les agendas et les spontanéités. On ne va pas se plaindre, le décor est parfois paradisiaque, la crème anti-UV obligatoire de Melbourne à Monte-Carlo, mais on envie parfois le joyeux bordel d’une fin d’étape du Tour ou d’un Paris-Roubaix, où les coureurs pourtant essorés par l’effort analysent leurs performances souvent avec pertinence, toujours avec générosité. En conférence de presse comme en entretien, les stars du tennis, elles, « font le job », une décla par-ci, quelques autographes par-là, jamais de bain de foule. En interview, les bonnes surprises sont rares, surtout en France. Avec «Kiki », on n’est jamais déçu. Sur le court et en dehors, la Française construit son jeu avec intelligence, assurance, goût de la bagarre, et sans jamais se planquer.

De Maria Sharapova au « Riogate » en passant par sa rupture avec sa jumelle de tennis Caroline Garcia, avec qui elle a remporté l’an dernier Roland-Garros, la numéro 1 française, actuellement 7e dans la course au Masters, n’élude aucun sujet dans l’entretien qu’elle nous accorde cette semaine. En passant, elle égratigne opportunément quelques idées reçues sur l’assistanat supposé des joueurs, et rappelle l’ensemble du tennis français, FFT comprise, à ses devoirs. Cette confiance en elle-même « no limit » (comme dirait le nouveau DTN Jean-Luc Cotard) pourrait agacer. Kristina Mladenovic n’a que 24 ans et aucun titre majeur en simple à son palmarès, qui compte deux tournois WTA.

On aurait tort: alors que le tennis français lance de vastes réformes, que le moral et le dos de Caroline Garcia inquiètent, que Monfils et Gasquet semblent à la peine, que Tsonga vient de déclarer forfait à Madrid, «Kiki », à l’instar de Lucas Pouille chez les hommes, donne l’exemple: c’est elle qui a rendu possible la désignation de Yannick Noah à la tête de la Fed Cup, en décembre 2016. Elle, encore, qui a assumé sans trembler son rôle de patronne face à l’Espagne, en avril, permet tant le maintien de la France dans l’élite. Reste à la joueuse, auteure de vraies perfs à Stuttgart contre les ex-numéro 1 mondiale Kerber et Sharapova, à briller en simple à Roland-Garros et à intégrer le top10