Moto GP : Le Zarco Show

Il est  l’attraction du début de saison en MotoGP, catégorie reine où jamais un Français n’a été sacré. Ambitieux, accrocheur, couronné deux fois en Moto2, Johann Zarco défie les stars du circuit, allant même jusqu’à agacer le boss, Valentino Rossi.

« Je suis venu en MotoGP pour qu’enfin retentisse la Marseillaise. » Un slogan pour se présenter. Une affirmation de soi. À 26 ans, Johann Zarco,double champion du monde Moto2 (2015, 2016), reste encore un inconnu du grand public enFrance. Mais il a le verbe facile. « J’ai envie que la moto sorte de l’anonymat chez nous car c’est un sport fantastique. » Le jeune Français se rêve en précurseur.

Depuis 1949, et la création du Championnat du monde 500 cm3 (MotoGP depuis 2002), seules trois victoires françaises enGrandPrix ont été enregistrées: Pierre Monner et au Grand Prix de France 1954, Christian Sarron au GP de RFA en 1985, et Régis Laconi au GP de Valence en 1999. Et jamais un tricolore n’est devenu champion du monde. Hervé Poncharal, le patron de l’écurie française Yamaha Tech3, pour laquelle Zarco court cette saison, en est persuadé, son poulain peut écrire l’histoire: «Zarco a tout pour redonner la fierté à notre passion.

Il nous a fait un début de saison de feu. » Il a en effet suffi de quatre courses au Français pour devenir l’attraction du paddock.Dès le premierGPauQatar,le26mars,le pilote s’est affranchi des convenances, s’emparant d’emblée du commandement face aux Rossi, Marquez et autres Lorenzo (15 titres à eux trois).Six tours d’une chevauchée insolente,lui permettant même d’établir le meilleur tour de la course, avant un moment de déconcentration, et une chute. Qu’importe, Zarco venait de signifier aux « parrains » du MotoGP qu’il faudrait compter avec lui dès l’an I de son aventure dans la catégorie reine.

« Quand il m’a dépassé, je me suis dit : “C’est qui ?” dira même le vainqueur, l’Espagnol Maverick Vinales. Je pense qu’il est sur la bonne voie…» La suite l’a confirmé : dans les graviers, mais impressionnant au Qatar; cinquième en Argentine et au Texas ; puis quatrième dimanche dernier à Jerez, sur l’un des circuits les plus délicats à appréhender. « La moto a besoin d’une icône enFrance pour sortir de sa niche, afin que le grand public puisse s’identifier », explique le jeuneFrançais, qui se sait très attendu la semaine prochaine au Mans, pour le Grand Prix de France (19-21 mai).Une majorité de passionnés va venir avant tout vibrer aux exploits de la légende Valentino Rossi, en tête du Championnat devant son coéquipier Vinales et Marquez. N’empêche, il se passe aujourd’hui quelque chose autour de Johann Zarco : « En signant pour Tech3, la seule écurie française du plateau en MotoGP, je n’avais pas mesuré l’impact que cela provoquerait. Désormais, je sens l’attente des fans et même des médias. À moi de ne pas décevoir. » En septembre 1999, la victoire historique de Régis Laconi, à Valence, avait été sans lendemain. Exploit passé aux oubliettes. Zarco, lui, voit à long terme. « La trajectoire de Johann s’inscrit dans la durée, la patience. On ne veut rien précipiter. » Le discours de la méthode est signé LaurentFellon. L’homme,l’entraîneur,le préparateur moto et le confident. C’est lui qui a pris en charge le jeune Zarco dès ses 13 ans du côté d’Avignon.Après avoir dégrossi son style de pilotage,Fellon a proposé aux parents de Johann que l’adolescent vienne s’installer chez lui au Pontet. « Le papa de Johann est ostéopathe. Ce n’est pas une famille de motards. Ils ont fini par se laisser convaincre et, à17ans,Johann a débarqué à la maison